Covid-19 – Théorie du complot

Depuis le début de la pandémie de COVID-19, des gens voient avec désarroi des membres de leur famille basculer vers des mouvements conspirationnistes.

Les théories du complot ne datent pas d’hier, et l’arrivée de YouTube – un puits sans fond de vidéos plus sinistres les unes que les autres – n’a fait qu’exacerber le phénomène.

Avec la COVID-19, la peur, l’isolement et l’ennui ont poussé certains encore plus loin dans les mouvements conspirationnistes. Bien des gens voient avec inquiétude leurs proches devenir obsédés par de telles théories, au point où la discussion n’est plus possible

Covid-19 : pourquoi tant de théories du complot ?

Virus créé en laboratoire, conséquence de la 5G, responsabilité du fondateur de Microsoft… La crise sanitaire actuelle connaît son lot de théories complotistes. Plus encore que d’habitude, le discours officiel – particulièrement caractérisé ici par l’expression du doute – semble inaudible, ou insatisfaisant pour une partie de la population.

Par Pauline Lannier (consultante dans un cabinet de conseil) Publié le 23 avr. 2020

A la différence de certains autres objets de complotisme (morts de Kennedy, de la princesse Diana), les présentes théories naissent dans un contexte particulièrement et globalement anxiogène, où chacun a perdu le contrôle sur ses conditions de vie (ex : mesures de confinement) et est personnellement mortellement menacé. Or, la science apporte un éclairage sur la façon dont, dans l’incertitude et face à une perte de contrôle, les individus sont plus enclins à souscrire à des théories du complot (Van Prooijen et Acker, 2015).

Il est fascinant d’observer comme nous sommes parfois collectivement démunis face à l’éventualité du hasard. Le cerveau humain semble redouter l’incertain et lui préférer le soupçon d’interconnexions complexes qui offrent une explication, une corrélation puissante. C’est bien un système de pensée qui se tisse alors, et c’est une erreur que de se satisfaire d’une prétendue irrationalité des complotistes.

Par ailleurs, la psychologie sociale révèle un «biais d’intentionnalité» dans cette quête d’interprétation : nous nous satisfaisons davantage des narratifs dans lesquels l’action est délibérée plutôt que fortuite (McClure, Hilton, Sutton, 2010). Nous ne cherchons pas seulement le sens des événements, nous cherchons des responsables.

Espoir d’un contre-pouvoir citoyen ?

Les responsables désignés – dans toute théorie du complot – sont des agents du pouvoir, des représentants de l’autorité. Cette observation est étayée par la corrélation observée entre anomie et tendance à croire à des théories du complot (Parish, 2001). L’anomie, notion développée par Emile Durkheim, est aujourd’hui mesurée non seulement comme sentiment d’impuissance et d’une situation personnelle dégradée, mais également comme méfiance envers les institutions (Wagner-Egger et Bangerter, 2007).

Dans le contexte actuel, la défiance envers l’autorité se traduit par la défiance envers la science et ses processus, ses normes, le rôle de l’expérimentation – et donc du doute. Accepter la science, c’est accepter l’autorité. Croire en la machination et le faire savoir, c’est espérer se poser en résistant, en contre-pouvoir.

Quelle position porteuse de sens dans une époque marquée par la lente désintégration des corps intermédiaires et la remise en cause de la démocratie représentative ! Marquée aussi de façon peut-être plus structurante encore par l’appropriation individuelle de la parole politique à un niveau presque équivalent à celle des représentants, permise par les réseaux sociaux et Twitter en particulier.

Les réseaux sociaux pèsent en outre doublement sur notre sujet, ils en sont un accélérateur. Le simple fait d’être exposé à une théorie (même lorsque l’on sait les informations qui la structurent fausses) nous rend plus enclin à y adhérer (Douglas & Sutton, 2008). Or les réseaux sociaux sont conçus pour nous proposer uniquement du contenu qui flatte les convictions déjà formées. Les conspirationnistes d’un jour seront encouragés à le demeurer, les autres, à mésestimer l’étendue de l’influence des théories complotistes. Les communautés virtuelles sont constituées, la société est polarisée.

Si les théoriciens du complot peuvent revêtir l’apparat d’un contre-pouvoir citoyen face à l’autorité établie, ils n’en demeurent pas moins les promoteurs d’une diversion dangereuse en occultant par une menace inventée, une menace bien réelle : la crise sanitaire. L’action politique s’en trouve empêchée et les citoyens floués – c’est l’emprise qui peut prospérer dans la croyance, car plus encore qu’avec les faits, il est facile de la manipuler.

Pauline Lannier est consultante dans un cabinet de conseil.

Comment reconnaître une théorie du complot https://30secondes.org/wp-content/uploads/2019/05/Fiche_30sec-03_V3.pdf

Lors d’un entretien avec Eric Olson, vice-président senior de BSR, Dakota Gruener, directeur exécutif de ID2020, parle de l’importance d’une identité numérique pour les gens du monde entier.

ID2020

COVID-19 : Le Grand Complot (version Intégrale non censurée)

Accenture et Microsoft créent une solution fondée sur la chaîne de blocs pour soutenir l’initiative ID2020.

Accenture mène un « appel à l’action » en répondant avec des technologies biométriques et fondées sur la chaîne de blocs pour soutenir l’initiative ID2020, un consortium international public-privé, dont l’objectif est d’aider plus de 1,1 milliard de personnes à attester de leur identité.

Gérald Bronner, Professeur de Sociologie à l’Université Paris-Diderot et membre de l’Académie des Technologies : ” C’est indiscutable. Les théories du complot sont souvent des marche pieds vers la radicalisation de l’esprit, tout simplement parce qu’elles proposent une autre lecture géopolitique et historique du monde. “

Depuis les années 2000, il y a une réapparition très vive des théories du complot, probablement à cause de la dérégulation du marché de l’information que constitue Internet. Internet permet maintenant de constituer des mille-feuilles argumentatifs très robustes, qui du coup semblent un peu vrais.”

“Le complot du False Flag a resurgi immédiatement lors des attentats de Bruxelles, des attentats sous faux drapeau où on fait croire que ce sont des attentats islamistes mais en réalité, ce serait le gouvernement belge ou français, et généralement, les Etats-Unis ou Israël ne sont jamais très loin dans ces théories du complot.”

“Nous n’avons pas encore assez approfondi les zones de porosité, là où se rencontrent les conspirationnistes professionnels, convaincus, et les jeunes esprits qui croient plus que les autres classes d’âge ce qu’ils lisent sur internet.”

Gérald Bronner