“Ne comptons pas sur les hommes politiques”

Ancien numéro trois de la gendarmerie nationale, le général Bertrand Soubelet revient publiquement à la charge sur Emmanuel Macron en signant sur Facebook un texte intitulé “Le monde d’après” dans lequel il propose des pistes pour remettre la France sur les bons rails.

«Notre pays n’est pas gouverné, il est administré par des technocrates»

Originaire du Pays basque, diplômé de Saint-Cyr, Bertrand Soubelet a exercé des responsabilités de haut niveau durant ses 35 années passées au sein de la gendarmerie nationale. 

“Les crises sont une bonne opportunité de remettre les choses à plat et de redémarrer sur d’autres bases. À condition que le constat ne soit pas biaisé par d’autres considérations que l’intérêt du pays et de sa population”

“En France, nous avions déjà observé en 2017 la volonté des Français de modifier la gouvernance du pays. Trois ans après, qu’en est il? Rien de significatif ne s’est produit, hormis une plus grande division des Français et une détestation du monde politique doublée d’une plus grande défiance à l’égard de l’État”.

Le général explique qu’il est indispensable de promouvoir des “décideurs politiques courageux, soucieux du bien commun, à l’écoute des Français et pour lesquels la politique n’est pas qu’un moyen de subsistance”.
Il préconise lucidement que l’État doit désormais se concentrer uniquement sur ses missions régaliennes en se refusant à “tout réglementer” et en assumant son rôle de “protecteur”.

Cet assainissement de l’Etat passe par “une administration moins pléthorique et plus efficiente, au service des Français”, avec “une fiscalité plus équilibrée, mieux répartie, moins confiscatoire pour les foyers et les entreprises”, afin que chacun puisse enfin “vivre de son travail”.
Bertrand Soubelet prône “un retour à l’ordre et à l’autorité pour protéger les plus faibles, mettre fin aux abus et combattre les ennemis des principes démocratiques”.

“Mais ne comptons pas sur les hommes politiques du sérail, issus du système, pour porter ce modèle; car il signifie leur propre disparition et lorsqu’un responsable politique n’est pas capable de s’effacer pour privilégier un avenir meilleur sans lui, cela veut dire que l’ancien monde n’est pas encore mort…” éclaire le vice-président du mouvement Objectif France.

“Avez-vous remarqué, non seulement qu’il n’est pas encore mort, mais qu’il essaie de renaître tel le Phénix? Ne nous laissons pas abuser et passons à autre chose, de préférence de manière démocratique”, assène le militaire.

Source: EpochTimes

Le monde "d'après"Avec cette pandémie la nature nous ramène à ce que nous sommes vraiment et nous donne une leçon de…

Pubblicato da Bertrand Soubelet su Domenica 26 aprile 2020

Dans un entretien à Boulevard Voltaire, le général Bertrand Soubelet revient sur son plan de sortie de crise, en particulier pour le domaine économique, et apporte son regard d’expert sur la gestion de crise.

18 avril 2020

Récemment, vous avez proposé un plan méthodique de sortie de crise. Pouvez-vous nous en dire quelques mots ?

À vrai dire, pour proposer un plan de sortie de crise complet et pertinent, il est nécessaire de disposer de toutes les informations concernant l’évolution de la pandémie, avec les hypothèses minimalistes et maximalistes, et d’en évaluer les effets sur notre quotidien au regard des mesures nécessaires pour la protection des Français.

Seules les autorités de notre pays disposent de ces analyses.

En revanche, Objectif France, par la voix du docteur Guy André Pelouze, proposait, il y a déjà trois semaines, une méthode pour la sortie de crise sanitaire :

– Tester massivement en organisant cette manœuvre avec tous les laboratoires publics et privés afin d’avoir une idée précise de la présence du virus dans notre pays. Ces informations permettant de prendre des décisions différenciées en termes de confinement, compte tenu des disparités sur notre territoire.

– Déconcentrer les mesures de déconfinement en confiant cette mise en œuvre aux régions.

Mais ces propositions valaient pour la crise sanitaire dont l’évolution est quotidienne.

La crise sanitaire n’est probablement plus la question la plus cruciale si les gestes barrière continuent d’être appliqués ainsi que les consignes de confinement et la règle de la quarantaine en cas d’infection.

Le plus inquiétant, à mon sens, est la menace qui pèse sur les entreprises et donc sur notre économie. Je ne parle pas des grands groupes, qui ont une capacité à résister financièrement, mais surtout des PME, TPE, des commerçants et artisans.

C’est leur survie qui est en jeu et les prêts garantis par l’État ne sont pas une solution pérenne, compte tenu des charges qui pèsent  sur ces entreprises.

Il faut les autoriser à reprendre leur activité en respectant les préconisations sanitaires. Il faut faire confiance aux entrepreneurs et aux salariés car, sinon, ce sera une crise sociale profonde qui suivra.

Ce que nous vivons démontre clairement la fragilité de notre système en raison, notamment, d’une pression financière de l’État trop importante sur les entreprises qui n’ont aucune réserve et peu de trésorerie.

C’est probablement une des premières réformes de « l’après ».

Cette crise révèle aussi, à nouveau, l’incapacité de l’État à prendre des décisions claires et à faire respecter les règles sur l’ensemble du territoire national. Là aussi, il y aura des enseignements à tirer au-delà de ceux de l’absence de masques, de gel hydroalcoolique et de tests sérologiques.

L’enseignement le plus évident est que la logique politicienne se montre incapable de répondre aux exigences d’une crise car il s’agit d’une situation exceptionnelle qui demande des réactions rapides mais pesées et des décisions rationnelles déconnectées des enjeux d’image et électoraux. Le maintien du premier tour en est une désastreuse illustration.

Le président de la République a annoncé, lundi soir, la date du 11 mai comme début de sortie du confinement. À travers cette allocution, avez-vous perçu un plan réfléchi ou avez-vous le sentiment qu’au sommet de l’État, on « pilote à vue » ?

L’intervention du président de la République a confirmé que rien n’est clair. Une seule information concrète en est sortie : le 11 mai. En effet, l’interprétation générale est qu’il s’agit du début de la sortie du confinement. Rien n’est moins sûr. Notre prochain rendez-vous est le 11 mai et, d’ici là, un certain nombre de choses vont enfin se mettre en place. Les masques et les tests, notamment, dont nous ne disposons pas aujourd’hui en quantité suffisante. Cela va changer la donne.

Ma conviction est que la gestion d’une crise est l’affaire de professionnels et les politiques n’en sont pas. La lutte contre le virus et les mesures pour le combattre sont du ressort du milieu médical.

Ensuite, la question de la mise en œuvre du confinement et de l’ordre public c’est l’affaire des forces de sécurité.

Dans les deux domaines, il est nécessaire de déléguer à des professionnels en leur donnant les moyens de remplir leur mission.

Une crise, c’est toujours du pilotage à vue, mais il y a des invariants.

Quelles sont les priorités, quelles sont les contraintes, quelles sont les marges de manœuvre, quelle est la ligne rouge qui pourrait amener à reconsidérer la stratégie. Et il faut décider.

Gérer une crise, c’est un métier.

Le général Lizurey, ancien directeur général de la gendarmerie nationale, s’est vu confier, le 30 mars, par le Premier ministre, une mission d’auditeur dans la crise du coronavirus en apportant « un regard extérieur sur la crise », pour reprendre les mots de Matignon. Que vous inspire cette décision qui rappelle celle du général Georgelin à la reconstruction de Notre-Dame ?

Mon sentiment sur le rappel du général Lizurey est très positif. C’est une bonne décision, même s’il peut s’agir d’une demi-mesure. Demander à un général d’armée qui a dirigé la gendarmerie pendant plusieurs années, en gérant notamment la période des attentats ou l’évacuation de Notre-Dame-des-Landes, de venir « apporter un regard extérieur » ne me paraît pas correspondre à la hauteur des enjeux et à la dimension de l’intéressé.

J’espère qu’il ne s’agit pas d’une opération de communication de plus à l’image de ce que le gouvernement pratique depuis près de trois ans. Car l’exécutif a bien compris que les militaires ont, aujourd’hui, les faveurs d’une majorité de Français.

Un chef militaire a pour vocation de conseiller les responsables politiques sur une stratégie puis d’agir pour la mettre en œuvre.

À ce stade, je ne sais pas ce que fait exactement le général Lizurey, mais j’espère qu’il est écouté, car c’est un homme d’expérience. Il est en mesure de proposer des solutions rationnelles et efficientes.

D’une manière générale, je pense que les responsables militaires amènent une plus-value importante dans la résolution des crises et dans la vie publique en général. Mais, ce faisant, ils constituent une sorte de menace pour les hommes politiques car, dans leur esprit, ils deviennent des concurrents. J’observe, en effet, que cela fait deux fois, avec le général Georgelin, que des responsables militaires sont sollicités. C’est un signe positif et j’espère qu’il ne sera pas sans lendemain.

« Les hommes politiques appartiennent à des organisations anachroniques et décrédibilisées »

Par Isabelle Jouanneau -13/01/2020

Comment expliquez-vous cette déconnexion entre les élites et le peuple ?

Bertrand Soubelet : Ceux qui nous gouvernent ne sont pas dans la réalité des choses et dans la vraie vie. Ils ne mesurent pas l’impact de leurs décisions. Un seul exemple parmi d’autres : l’augmentation du prix du carburant qui a provoqué la crise des Gilets jaunes. Les décisions sont actées par des personnes qui habitent en ville, qui ne conduisent pas, qui empruntent les transports urbains ou bénéficient de voitures de fonction. Les gouvernants n’ont donc aucun sens des réalités et aucune perception de ce que représente l’usage quotidien de son véhicule pour quelqu’un qui réside à 40 kilomètres de son travail, de l’hôpital, des centres commerciaux, et doit régulièrement faire un plein. Ce n’est pas neutre en termes de budget et cela peut générer d’importantes difficultés au sein de certaines familles.

Toutes ces personnes qui prennent des décisions dans des grandes villes, dont ils sortent rarement, n’ont aucune perception de cette réalité. C’est l’exemple type de ce qui nourrit la fracture entre ceux qui sont sensés gouverner les Français et ceux qui se rendent chaque jour à leur travail pour faire vivre leur famille.

Comment réduire cette fracture ?

L’affaire Delevoye en est un exemple de plus. Épinglé pour ne pas avoir déclaré plus d’une dizaine de mandats, le hautcommissaire aux retraites semblait souffrir d’amnésie. Il est insupportable pour les Français d’entendre Jean-Paul Delevoye déclarer ne pas se souvenir de ses différents mandats… Cette confiance envers les responsables politiques chargés de prendre des décisions dans l’intérêt de la collectivité nationale exige une exemplarité indéfectible. Cela ne pourra fonctionner tant que nos responsables politiques ne seront pas exemplaires en tous points.

Aujourd’hui, près de 50% de Français déclarent souhaiter être gouvernés par des militaires. Je ne pense pas cette idée forcément idéale mais nous devons comprendre pourquoi les Français raisonnent ainsi. Ils savent que les militaires sont des gens droits, honnêtes, qui ont une éthique, défendent des valeurs et respectent un certain nombre de principes. À la différence des hommes politiques traditionnels, les militaires tiennent leurs promesses et respectent la parole donnée…

Certains vont même jusqu’à évoquer l’hypothèse d’une guerre civile… Qu’en pensez-vous ?

Patrick Calvar est le premier à avoir évoqué ce scénario à l’Assemblée nationale il y 3-4 ans, lorsqu’il était directeur du renseignement intérieur. Lorsque Gérard Collomb déclare dans la Cour de Beauvau que les Français vivent côte à côte et qu’ils seront bientôt face à face, le ministre de l’Intérieur a clairement un métro de retard car les Français sont déjà dans certaines zones dans une situation d’affrontement. Je n’ai pas de certitude quant à la forme que ce face-à-face pourrait prendre. La guerre civile suppose la confrontation entre deux camps, mais quels seraient-ils ?

À ce stade de l’histoire, je ne les distingue pas. On parle des banlieues, des radicalisés, des islamisés, mais je ne les imagine pas prendre les armes et je ne vois pas pour quel motif. Aujourd’hui, ceux qui prennent les armes sont des délinquants et des gens qui défendent leur business mais ont-ils envie de se heurter frontalement à l’État plutôt que de continuer à faire leur business dans leur coin ? Je ne crois pas. Le risque d’un clash est bien présent et potentiel, mais un embrasement suite à un attentat ou une confrontation dans des quartiers difficiles semble le plus probable. Il est assez invraisemblable que dans un pays qui a tout pour réussir et qui possède de formidables atouts, nous en soyons arrivés à cet état de résignation et de nihilisme.

Peut-on éviter une telle période de chaos ?

Un nombre croissant de Français prétendent que l’on ne pourra pas changer cette société sans passer par une période de chaos, qui serait le prix à payer pour que les choses changent. Il faut prendre la pleine mesure des conséquences associées au chaos : la misère, des souffrances, des morts… Il n’est pas possible de souhaiter cela pour son pays. J’aimerais que les choses changent de manière différente, et c’est pourquoi j’ai choisi l’engagement politique, même si plus jeune, j’avais dit que jamais je ne ferai de politique…

Vous avez adhéré au mouvement Objectif France…

L’ordre et l’audace sont les principaux paradigmes d’Objectif France que nous avons fondé sur le triptyque suivant : libéralisme, ordre et construction de l’avenir avec en fil rouge l’esprit de conquête. Le premier axe vise à réduire les contraintes sur l’économie et faire en sorte que ceux qui souhaitent construire quelque chose soit en capacité de le faire. Je suis plutôt libéral au sens d’un libéralisme intelligent qui permet à chacun de trouver sa place et non d’ajouter des contraintes supplémentaires.

Chef d’entreprise jusqu’à il y a encore quelques semaines et fils d’entrepreneur, je connais pleinement les contraintes qui s’exercent sur les créateurs d’entreprise. La France est un pays d’entrepreneurs à condition que les gens aient la possibilité de s’exprimer sans être taxés en permanence.

“L’autorité n’est ni l’arbitraire, ni la brutalité, ni la violence. Il est insupportable de constater les raccourcis intellectuels qui sont faits en France”

Vous êtes connu comme un partisan d’un retour de l’ordre et de l’autorité… Ces valeurs n’appartiennent-elles pas au passé ? 

L’autorité n’est ni l’arbitraire, ni la brutalité, ni la violence. Il est insupportable de constater les raccourcis intellectuels qui sont faits en France. On peut parfaitement assurer l’ordre et l’autorité avec bienveillance et fermeté. C’est un point extrêmement important mais il existe dans notre pays une confusion dans les esprits concernant l’ordre et l’autorité dont nous n’avons pas réussi à nous affranchir depuis Mai 68.

Quelle est votre vision de l’avenir de nos sociétés occidentales ?

Nous avons laissé beaucoup de choses filer et sortir de notre champ. Notre souveraineté numérique n’existe désormais plus alors que nous sommes soumis au dictat des Gafas. Nous devons regarder l’avenir et préserver ce que nous allons laisser à nos enfants. Nous devons encourager la recherche et nous intéresser aux questions liées à l’intelligence artificielle. En un mot, reprendre la main sur ces sujets. Je m’insurge contre toute forme de résignation au prétexte que nous ne pouvons plus rien faire contre Google.

Il est vrai que nous sommes un peu coincés aujourd’hui, mais préparons l’après car la situation n’est pas amenée à durer. Essayons d’avoir un temps d’avance plutôt que de subir, cela nécessite une politique ambitieuse notamment en termes de recherche, et ce n’est pas avec les budgets actuels que nous y parviendrons. Nous avons des intelligences remarquables en France, mais le manque de moyens et la complexité inhérente à notre pays les poussent à partir hors de l’Hexagone. Vous préconisez une plus grande décentralisation et déconcentration…

Aujourd’hui, Bercy dicte ses règles avec la seule logique comptable. Ce n’est pas ainsi que l’on fait de la politique. La conduite des affaires publiques consiste à faire des choix politiques auxquels les technocrates s’adaptent. Aujourd’hui, nous fonctionnons donc à l’envers, et tant que ce schéma perdurera, nous ne pourrons pas retrouver la confiance dans notre système. Cela demande du courage et de la transparence, autant de qualités dont les hommes politiques d’aujourd’hui ne disposent pas.

La France a-t-elles les moyens de redevenir un acteur géopolitique important ?

La France a un vrai rôle dans le monde, ne serait-ce qu’avec la Francophonie, mais ça n’est pas celui qu’elle s’est attribuée en prodiguant des leçons à tout va. La France devrait donner des leçons d’exemplarité avant tout mais nous en sommes loin. Il me semble que nous devrions prioritairement mettre de l’ordre chez nous. N’essayons pas d’être la grenouille qui veut devenir aussi grosse que le boeuf car nous n’en n’avons plus les moyens. L’essentiel consiste selon moi, avant de rayonner, à assurer une certaine harmonie au profit de nos concitoyens.

Propos recueillis par Isabelle Jouanneau