Sites SEVESO – Sommes nous en DANGER ?

Ce mardi 5 novembre sort un rapport alarmant sur la maîtrise des risques technologiques majeurs.
Moyens d’alerte « obsolètes », communication de crise « dépassée »… L’association des collectivités accueillant des sites Seveso donne l’alarme après l’incendie de Lubrizol.

Des systèmes d’alertes obsolètes, des mesures d’information préventive qui n’atteignent pas leurs objectifs, des commissions de suivi de site qui ne parviennent pas à jouer leur rôle, des blocages techniques et financiers… C’est peu dire que la France n’est pas préparée aux risques industriels, selon un rapport de l’Association nationale des collectivités pour la maîtrise des risques technologiques majeurs (Amaris).

Ce livre blanc consacré à la « mise en protection des activités riveraines des sites Seveso seuil haut » prend une résonance particulière, un peu plus d’un mois après l’incendie qui a ravagé l’usine chimique Lubrizol et les entrepôts de l’entreprise Normandie Logistique à Rouen.

L’Amaris réclame l’amélioration de la prévention des risques et de la gestion de crise.

L’Amaris regroupe une centaine de collectivités locales accueillant sur leur territoire au moins un site Seveso seuil haut tel que Lubrizol. On en recense 744 en France en 2019. A partir de témoignages et de retours d’expérience, l’association dresse un constat sévère : « Près de vingt ans après la catastrophe d’AZF, la mise en protection des activités riveraines des sites Seveso seuil haut reste une étape à franchir », voire à engager, étant donné le « très faible niveau » de la culture du risque en général, pointe son président, Yves Blein, député du Rhône.

Réévaluer les politiques publiques

05/11/19

Prévention et gestion des risques technologiques majeurs : constats et recommandations d’AMARIS

Plus de 16 ans après l’entrée en vigueur de la loi Bachelot, les Plans de Prévention des Risques Technologiques sont quasiment tous approuvés, (380 approuvés en février 2019 sur 388 à réaliser).

Pour autant, la dynamique de leur mise en œuvre n’a pas trouvé sa vitesse de croisière et à la lumière des observations réalisées sur plusieurs territoires concernés, faible culture du risque, efficience limitée des actions d’information préventive, blocages d’ordre technique et financier, systèmes d’alerte inadaptés, constituent tout autant de facteurs contribuant à ralentir la mise en sécurité des habitants et des activités économiques riveraines.

Parallèlement, la gestion de l’incendie de l’usine Lubrizol en septembre dernier soulève de nombreuses questions sur la pertinence des dispositifs de communication utilisés et sur le rôle et la coordination entre les différentes parties prenantes.

Ce sont généralement des accidents majeurs qui ont conduit les pouvoirs publics à légiférer sur la prévention des risques. Ainsi, le drame d’AZF en 2001 a été à l’origine de deux lois – la loi dite « loi Risques » du 30 juillet 2003 et la loi de modernisation de la sécurité civile du 13 août 2004, – et de plusieurs dispositifs : plan de prévention des risques technologiques, commission de suivi de site, etc.

Mais pour AMARIS, avant d’envisager toute évolution liée à l’incendie de Rouen, il est indispensable d’évaluer les politiques de prévention et de gestion de crise dans leur globalité, de nous réinterroger collectivement sur la cohérence des actions de la puissance publique et des industriels, mais aussi sur la place des élus et la gestion de l’information auprès des citoyens.

Depuis 30 ans, le travail engagé par AMARIS avec ses adhérents lui permet d’avoir un avis éclairé par des retours de terrain sur tous les dispositifs liés aux risques accidentels incluant les communes et intercommunalités. Les témoignages et retours d’expérience recueillis par l’association lui ont permis de formuler un ensemble de propositions destinées à faciliter la mise en œuvre des mesures préventives et à améliorer les dispositifs de gestion de crise.

Lire le dossier de presse

Lire le Livre blanc « Mise en protection des activités riveraines des sites Seveso seuil haut »

Tous les sites Seveso ne présentent pas le même niveau de dangerosité, selon notamment la quantité de produits chimiques stockés ou fabriqués.

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Le terme “Seveso” est le nom générique d’une série de directives européennes qui imposent aux États membres de l’Union européenne d’identifier les sites industriels présentant des risques d’accidents majeurs. Les responsables de ces “sites Seveso”sont tenus d’y maintenir un haut niveau de prévention.
Cette directive tire son nom de la catastrophe de Seveso qui eut lieu en Italie en 1976 et qui a incité les États européens à se doter d’une politique commune en matière de prévention des risques industriels majeurs.

Usines Seveso : ces voisines qu’on aime loin de chez soi

www.france24.com – Publié le : 02/11/2019

Depuis l’incendie de l’usine Lubrizol en septembre, à Rouen, les sites Seveso, usines classées à risque, suscitent la méfiance des riverains. En France, associations et collectifs exigent d’être protégés de ces voisins potentiellement dangereux. PUBLICITÉ

Depuis que les flammes ont ravagé l’usine Lubrizol à Rouen, le 26 septembre, dégageant des fumées toxiques, les site Seveso inquiètent. Ces sites industriels répertoriés potentiellement dangereux ne sont plus les bienvenus sur le territoire. Mais il est difficile d’y échapper tant ils sont nombreux : la France compte quelque 1 355 sites répertoriés, dont 720 sont classés en seuil haut.

La dernière levée de boucliers contre une entreprise classée Seveso remonte au 30 octobre. Une association de défense de riverains a obtenu gain de cause face à un industriel devant le tribunal administratif de Rouen. La juridiction a annulé un arrêté préfectoral autorisant l’exploitation d’un site de stockage de produits phytosanitaires classé Seveso seuil haut au nord de la ville. Jusque-là, l’arrêté autorisait la société à stocker jusqu’à 4 150 tonnes de pesticides à Vieux-Manoir, au nord de Rouen. “Je pense qu’il y a une prise de conscience à Rouen du ‘plus jamais ça’, a assuré à l’AFP Annick Pividal, vice-présidente de l’association de défense des cinq communes du plateau de Buchy, commentant la décision de justice. Ici les gens sont très choqués par l’impact qu’a eu l’incendie de Lubrizol”.

“Même en plein Larzac, ils continueront de polluer”

Les craintes ne se cantonnent pas à la Seine-Maritime. À Martigues, dans le Sud de la France, Sylvestre Puech n’est pas plus rassuré par les activités du site pétrochimique de Lavéra, classé Seveso, situé à quelques kilomètres de son domicile. Régulièrement, des fumées noires s’échappent des torches de l’une des usines du site. Lorsqu’un risque d’accident se déclare, les produits chimiques présents dans les installations sont évacués vers les torches de secours par les exploitants afin d’y être brûlés. “Quand on voit les panaches noirs se dégager des cheminées, on ne peut s’empêcher de penser que l’on respire un cocktail de particules nocives. Et les industriels ont beau nous envoyer des mails rassurants, on sait bien que ce n’est pas bon pour nous, estime le voisin inquiet. Les gens vivent tant bien que mal avec ce site à côté de chez eux.”

Pas question pour autant de réclamer que ce site soit déplacé. “Même en plein Larzac, ils continueront de polluer”, ironise Sylvestre Puech. “Ces sites industriels génèrent de l’emploi, ils sont nécessaires à la région, mais ils présentent des aléas qui méritent une sécurité maximale. Ces industriels doivent mettre la main à la poche pour davantage sécuriser leur site.”

Une augmentation de 34 % des accidents

À Donges, près de Nantes, on ne souhaite pas non plus que l’établisement Seveso de Total Antargaz et SFDM soit déplacé. Mais on ne veut pas non plus que le site grignote sur le territoire comme il le fait depuis des années. Il s’est tellement agrandi qu’il a empiété sur la voie ferrée sur laquelle passent 60 à 70 convois par jour, dont les TGV de la ligne Paris-Nantes.

Une situation problématique quand on sait que des accidents se produisent régulièrement sur le site. Pour la seule année 2018, pas moins de trois incidents ont été relevés, a constaté Michel Le Cler, membre de la coordination nationale d’associations riveraines des sites Seveso. Une fuite de gaz en avril, une boule de feu en octobre et une fuite d’acide sulfurique en novembre.

Ces incidents à répétition reflètent une tendance nationale. Le nombre d’accidents industriels a augmenté de 34 % en deux ans, révèle le bureau d’analyse des risques et pollutions industriels (Barpi) du ministère de la Transition écologique et solidaire dans son dernier inventaire des accidents technologiques publié le 10 septembre 2019. Au total, l’année 2018 a été marquée par 1 112 accidents de ce type, contre 827 en 2016.

Des sites vieillissants en zone urbaine

L’étude va plus loin puisqu’elle indique que les accidents des établissements Seveso “contribuent significativement à cette évolution”. Alors que ces sites représentaient 15 % des accidents en 2016, ils en ont constitué 25 % en 2018. Curieusement, en mars dernier, le même ministère communiquait d’autres chiffres qui montraient au contraire une légère baisse du nombre d’accidents.

Dans la réalité, de nombreux sites de l’Hexagone sont vieillissants. Construits à l’origine au milieu de zones rurales au cours du XXe siècle, ils ont été rattrapés par une urbanisation galopante et se sont retrouvés cernés de logements, commerces et de bâtiments administratifs.

Pourtant, après la catastrophe de l’usine AZF à Toulouse le 21 septembre 2001, une règlementation stricte en la matière avait été mise en place par la loi Bachelot de 2003. Mais dans de nombreux secteurs, les plans de prévention des risques technologiques (PPRT) prévus dans la législation ne sont toujours pas appliqués. La faute à des procédures longues et onéreuses, notamment liées aux expropriations.

Moins d’agents, moins d’argent

Le service du ministère de la Transition écologique et solidaire pointe aussi la progression de la mauvaise prise en compte du retour d’expérience pour expliquer la hausse des accidents des sites Seveso. “Après chaque incident survenu sur un site Seveso, une commission de suivi devait normalement se réunir. Or à ce jour, la commission ne s’est toujours pas réunie pour chacun des trois incidents survenus à Donges en 2018”, regrette le bénévole Michel Le Cler, qui aurait dû y prendre part. Pourtant, en France, dans plus de 25 cas, il est noté qu’un incident a déjà eu lieu sur le même site sans que des mesures aient été prises pour en éviter un nouveau. L’usine Lubrizol avait déjà connu un accident en 2013.

À cela s’ajoute l’insuffisance des contrôles par les services de l’État. Selon les chiffres divulgués en mars 2019, le nombre d’inspecteurs des installations classées s’élevait à 1 607 en 2018 contre 1 627 en 2016, soit vingt agents de moins. Ces fonctionnaires ont effectué 18 196 inspections en 2018 contre 30 000 en 2006. Une baisse de 39 % en douze ans.

La situation ne devrait pas s’améliorer puisque les crédits de l’État alloués à la “prévention des risques”, notamment technologiques, en 2020 sont en baisse pour la première fois depuis 2016. Une baisse relative certes, de moins de 500 000 euros sur un budget de plus de 90 millions. Mais dans un contexte où les risques industriels d’usines vieillissantes augmentent, cette réduction donne matière à réflexion.

Pas de quoi donc rassurer les riverains. “Dans les rues de Donges, on ne peut pas faire un pas sans croiser une personne qui ne soit pas liée à l’entreprise Total par le biais de sa femme, son fils, son ami…. Personne ne souhaite la voir partir. Mais à force d’entendre des discours opaques des autorités et des industriels et de constater que les risques à la source sont minimisés, des doutes s’immiscent dans la tête des gens”, conclu Michel Le Cler. Et des catastrophes surviennent.

#ALERTE ⚠️ Incendie de Lubrizol – TOUS EMPOISONNÉS !Des molécules d'hydrocarbures dans du lait maternel.❌ Les…

Pubblicato da Lanceur d'alerte. su Martedì 5 novembre 2019

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