Les secrets de l’affaire Benalla Macron

L’affaire Benalla, où la privatisation de la sécurité présidentielle, avec ses dérives barbouzardes, dévoile la part d’ombre du monarchisme macronien.

Le 18 juillet 2018, Le Monde a annoncé qu’Alexandre Benalla, alors chargé de mission à l’Élysée, avait frappé un couple durant une manifestation ayant eu lieu le 1er mai sur la place de la Contrescarpe, à Paris. Le quotidien français a identifié ce collaborateur d’Emmanuel Macron sur une vidéo.

Le 20 juillet, le licenciement de Benalla a été annoncé. Le 24 juillet, le Président français a affirmé, devant des membres du gouvernement et des députés de La République en marche, que les faits qui s’étaient produits le 1er mai étaient une «trahison» et que le seul responsable de la situation était lui-même.

Depuis le mois de juillet 2018, l’affaire Benalla, avec ses multiples rebondissements, a déjà provoqué l’ouverture de sept procédures judiciaires.

29 juillet 2019 – des règlements suspects dans les comptes de campagne de Macron ?

D’après une information du Monde, plusieurs versements à des membres du service d’ordre (SO) du candidat à la présidentielle Emmanuel Macron, alors dirigé par Alexandre Benalla, n’auraient pas été déclarés auprès de la Commission nationale des comptes de campagne et des financements politiques (CNCCFP), chargée de valider l’ensemble des dépenses de campagne. Plusieurs membres de ce SO ont témoigné, sous couvert d’anonymat, pour le quotidien. 

Plusieurs distributions de billets 

Les premiers faits remontent au 10 décembre 2016. Alors candidat à l’élection présidentielle, Emmanuel Macron réussit le tour de force de rassembler 15 000 personnes, selon son équipe, lors d’un meeting porte de Versailles, à Paris. Il est alors entouré d’un service d’ordre nouvellement dirigé par un certain Alexandre Benalla, 25 ans, et alors inconnu du grand public. Selon les informations du Monde, la présence des membres du SO n’aurait laissé aucune trace dans les documents comptables remis à la CNCCFP. « J’ai été payé plus tard au QG de campagne, de la main à la main par Benalla, 120 euros en liquide », explique l’un d’eux au quotidien, qui confie également avoir assisté à une distribution de billet « pour dix gars », après un autre meeting. Lui qui a enchaîné les rassemblements et déplacements autour du président entre décembre 2016 et mai 2017, est incapable de présenter une fiche de paie antérieure à février 2017, deux mois après son arrivée. Contacté par Le Monde, Alexandre Benalla s’est, lui, défaussé, renvoyant les journalistes vers les responsables financiers de la campagne et du parti. 

  • Les comptes flous de plusieurs sociétés de sécurité
  • Des tensions entre Alexandre Benalla et Cédric O

Selon Le Monde, il existait aussi certaines tensions entre Alexandre Benalla et le patron des affaires générales, dont le service lui avançait souvent plusieurs milliers d’euros sur son compte personnel. Par exemple, en avril 2017, il demande une avance de 5 000 euros. « Compte tenu des montants, tu seras celui qui sera le plus regardé par la commission de contrôle, donc les comptes doivent être impeccables », le prévient alors Cédric O, directeur des affaires générales et futur secrétaire d’Etat au numérique. « Or, à ce stade, le fait que tu viennes me demander une nouvelle avance alors qu’il reste autant d’argent à régulariser n’est pas de nature à me rassurer, loin de là », s’inquiète-il à l’époque. De plus, de nombreux témoins interrogés par le quotidien expliquent avoir renoncé à réclamer leur remboursement. « On nous a expliqué que nos justificatifs étaient dans des cartons au QG de campagne, et que ces cartons ont été perdus lors du déménagement vers le siège du parti. C’est étrange que ce soit justement les cartons du SO qui aient disparus », pointe l’un d’eux, qui estime avoir ainsi perdu 700 euros. 


Affaire Benalla : le déroulement des faits, le 1er mai, place de la Contrescarpe

DOSSIER: L’AFFAIRE MACRON-BENALLA

ICI DOSSIER MEDIAPART

L’affaire Benalla va encore durablement entaché le quinquennat d’Emmanuel Macron. Mais que s’est-il passé exactement? Sophie Coignard y répond dans son livre. Et pour L’Express.

On croyait tout savoir de l’affaire Alexandre Benalla, sur ses amis, ses relations avec Emmanuel Macron, son ascension ultrarapide, ses dérapages, sa défense, les insuffisances de l’entourage du président et des policiers et gendarmes chargés de sa sécurité. Sophie Coignard, qui a longtemps enquêté sur cette histoire hors-norme, a pourtant trouvé de nouveaux éléments, rencontré les principaux intéressés, dont Alexandre Benalla lui-même. Elle en a fait un livre, Benalla, La Vraie Histoire, dont L’Express publie des extraits exclusifs. Elle en parle.  publié le 06/06/2019

Les questions que nous avons posées à Sophie Coignard

L’affaire marquera autant le quinquennat d’Emmanuel Macron que la révolte des gilets jaunes, qu’elle a précédée et ce n’est sans doute pas une coïncidence : l’affaire ? L’affaire Benalla, bien sûr, du nom de ce factotum, notamment chargé de la sécurité du candidat puis du président, qui s’est cru plus grand qu’il n’était, grisé par son badge à l’Elysée et le pouvoir qu’il confère. On croyait avoir tout lu sur cette histoire de corne cul qui a tourné à l’affaire d’Etat. Eh bien non, dans son livre, Benalla, la Vraie histoire, Sophie Coignard ouvre quelques placards qui restaient à encore explorer. L’Express en publie cette semaine les bonnes feuilles, des extraits assez percutants. Bonjour Sophie, qu’est-ce qu’on apprend dans votre livre qu’on ne savait déjà ? 

  • La question que tout le monde se pose, à propos d’Alexandre Benalla, et pour laquelle on n’a peu de réponses, finalement, c’est : qu’est-ce qu’Emmanuel Macron a bien pu lui trouver ?
  • A quoi servait-il ? Pendant la campagne ? Une fois qu’il est entré à l’Elysée ?
  • Ce que l’affaire Benalla met en lumière, c’est un système, un système qui tourne entièrement autour d’Emmanuel Macron : tout ramène au président…
  • C’est pour ça qu’il a mis autant de temps à réagir, et notamment à désavouer son ancien garde du corps ?

Vous racontez des scènes assez surréalistes, où Alexandre Benalla se permet d’engueuler des colonels de gendarmerie, où il donne des ordres à un général, à un chef de cabinet… Comment a-t-il fait pour s’imposer ainsi ? 

Il y a dans toute cette histoire un manque de lucidité général : chez Benalla, qui ne se rend visiblement pas compte de la gravité de ce qu’il a fait ; mais aussi à l’Elysée, où on ne s’en pas plus compte, dans un premier temps, voire chez Emmanuel Macron lui-même, ou en tout cas au sein de sa garde rapprochée. Ce n’est pas ça, le plus inquiétant ? 

  • L’un des chapitres de votre livre s’ouvre par cette phrase : il faut sauver le soldat Benalla. Pourquoi fallait-il absolument le sauver ?
  • On a l’impression, même aujourd’hui, que tout le monde ne l’a pas encore lâché ? C’est vrai ?

L’affaire Benalla, elle est à l’image du début du quinquennat d’Emmanuel Macron, ou plein de jeunes gens très sûrs d’eux se sont sentis pousser des ailes. Elle est aussi à l’image de la Ve République, de son opacité : quand on est à l’Elysée, on est tenté de faire ce qu’on veut… 

A gauche, Alexandre Benalla. A droite, Valérie Trierweiler, avec François Hollande (en arrière-plan). © DR

Fasciné par les attributs du pouvoir, l’ancien chargé de mission d’Emmanuel Macron a fait ses armes de garde du corps en politique au Parti socialiste. Retour sur le parcours et les déboires d’un trublion de la République.

Une enquête d’Élodie Guéguen, cellule investigation de Radio France

Alexandre Benalla, c’est le grain de sable de la présidence. Ses déboires posent tout autant la question de la place qu’on lui a accordée, que celle de ses relations supposées avec des oligarques russes.

L’ancien chargé de mission d’Emmanuel Macron, mis en cause par la justice française, a fait ses armes de garde du corps en politique au Parti socialiste. C’est là qu’il est devenu fasciné par les attributs du pouvoir. Il a notamment demandé un coup de main à Benoît Hamon pour fréquenter l’Assemblée.



Avant l’Élysée : les premiers faux-pas d’Alexandre Benalla

Qui a financé la campagne d’Emmanuel Macron ?