On veut des masques !

Nous sommes en guerre sanitaire, et nous manquons d’armes. Les masques de protection manquent particulièrement à l’appel, même pour les professionnels de santé, pourtant supposés en bénéficier prioritairement. La première raison en est un abandon des stocks de masques en 2012-2013, préférant se reposer sur l’énorme capacité de production… de la Chine.

Soignants, policiers, livreurs, éboueurs ou professionnels du bâtiment : tous réclament désespérément des masques de protection respiratoire pour se prémunir de l’épidémie de coronavirus.

Est-ce que ce monde est sérieux ?

"Il y a 10 ans, il y avait un milliard de masques disponibles. Il n'y en a quasiment plus. Comment ceux qui nous gouvernent au fur et à mesure des années qui sont passées ont laissé faire?"Le Professeur @philippejuvin au JT de TF1 ce soir sur l'hallucinante pénurie de masques.https://twitter.com/TF1

Pubblicato da Est-ce que ce monde est sérieux ? su Giovedì 19 marzo 2020

Selon un rapport du Sénat, la France possédait pourtant un milliard de masques chirurgicaux et de 580 à 700 millions de masques FFP2 en stock. Cette variation des estimations est due à “la dispersion actuelle du ‘stock national santé’ sur 72 sites” entraînant “des difficultés dans le suivi des stocks détenus“, souligne le rapport. Le rapporteur précise que plus de la moitié des masques FFP2 étaient périmés (les masques chirurgicaux n’ont pas de date de péremption). “En 2013, il a été décidé que le milliard de stock d’Etat n’était plus indispensable, tant les productions mondiales de masques étaient désormais intenses, notamment en Asie“, regrette le ministre Olivier Véran à l’Assemblée. Résultat, la Chine, “premier producteur au monde“, a “exploité la totalité de ses stocks et de ses capacités de production” lorsque la crise l’a frappée en premier. Résultat, alors que les soignants ont besoin de masques, certains doivent conserver le même plusieurs heures après qu’il a cessé d’être efficace, voire s’en passer. 

Déstockage de masques et livraisons en cours

Nous avons mis sous tension, notre appareil de production qui n’a pas des capacités extensivesc’est pour cela que nous avons une gestion parcimonieuse de ces masques avec priorité absolue aux soignants“, a expliqué Sibeth Ndiaye. La France a déjà déstocké 25 millions de masques sur ses stocks stratégiques et vient encore d’en déstocker pour 27 départements particulièrement touchés par la pénurie, a-t-elle expliqué.

Une entreprise française passe des jeans aux masques

Les fabricants français de masques sont sous tension : Segetex-EIF (Loire), Kolmi-Hopen (Maine-et-Loire) et Macopharma (Tourcoing) ont dû embaucher, accélérer leur chaîne de production ou mettre en place les 3×8, rapporte Le Figaro.

A Roman sur Isère, la startup de jeans et chaussures écologiques 1083, dont toutes les boutiques sont fermées en raison du confinement, a donc décidé de se lancer dans la confection de masques. Combinés au patron avec mode d’emploi pour confectionner ses propres masques en tissu de l’hôpital de Grenoble, les stocks de tissus sont ainsi écoulés. Moins efficaces que les masques FFP2 officiels, ils offrent malgré tout une protection bienvenue face à la pénurie. “Les professionnels de santé nous ont spontanément contacté pour les aider à fabriquer des masques d’urgence“, raconte à Challenges Thomas Huriez, cofondateur de 1083, dont les deux couturières et les coutiers volontaires de la région peinent à répondre à une demande sans fond.

Les stocks sont très faibles. Aussi, en prévision, les équipes d’hygiène nous demandent de ne pas jeter les masques en fin de journée qui sont récupérés pour pouvoir être réutilisés après stérilisation, si la situation tourne à la catastrophe.

un médecin de Grenoble à une élue

« Mieux vaut un masque imparfait que pas de masque »

Un masque même imparfait sera de toute façon mieux que pas de masque, écrit ainsi le professeur Jean-Yves Blay, responsable d’un centre hospitalier de Lyon, dans un courrier que l’AFP a pu consulter.

Destinatrice de cette lettre, l’entreprise de textile pour l’habillement et l’industrie Les Tissages de Charlieu, basée dans la Loire, a déjà livré ses premiers exemplaires.

Nos 80 métiers à tisser Jacquard fabriquent depuis hier uniquement cet article dont nous venons d’effectuer les premières livraisons au profit d’un établissement hospitalier de la région lyonnaise, a ainsi indiqué Eric Boël, le dirigeant de la société, qui a provisoirement arrêté toutes ses autres productions. C’est un masque réutilisable, en tissu lavable, qui ne prétend pas se substituer aux masques normalisés , précise-t-il.

Notre volonté est de dépanner au plus vite ceux qui en ont besoin, que ce soient des structures de soin ou des entreprises, explique Eric Boël, qui a constaté que certains hôpitaux demandaient à leur personnel de fabriquer leurs propres masques à l’aide de patrons de couture.

Coronavirus: faire son masque soi-même

le 19 mars 2020 par Agnès Duperrin

Face à la pénurie de masques dans le commerce, les professionnels de santé commencent à recommander – et pour certains à confectionner pour eux-mêmes – les masques faits-maison. Moins protecteurs que les officiels, mais bien mieux que rien!

Du fil et une aiguille, une machine à coudre pour les mieux équipés: le système D reprend du service! Les ateliers familiaux de réalisation de masques à placer devant la bouche et le nez commencent à voir le jour. Et ce n’est pas du tout stupide!

• Pourquoi?

Le virus se transmet soit via l’inhalation de gouttelettes d’eau émises par les postillons ou la toux des malades, soit (et surtout) par le contact (avec de la monnaie, une poignée de porte, un aliment…) via une main amenée à toucher une des trois portes d’accès de notre organisme: la bouche, le nez, les yeux. S’il ne fallait retenir qu’une chose de cet article, c’est ce conseil: apprenons à ne plus toucher notre visage en dehors de chez soi, et de retour à la maison, seulement après un lavage de mains soigneux avec du savon. Et ne pensez pas être protégé par des gants, qui eux aussi transportent fort bien les virus. Face à la pénurie durable de masques protecteurs, y compris pour les équipes médicales à l’hôpital et en ville, l’idée est de s’en fabriquer un soi-même.

• Le masque maison, c’est efficace?

Moins que les masques chirurgicaux qui, pénurie oblige, sont réservés en priorité aux soignants. Mais c’est mieux que rien, démontre une étude anglaise publiée en 2008 comparant différents types de protection aux infections respiratoires dont des masques “faits-maison”: “tous les types de masques réduisent l’exposition aux particules virales”. Une autre étude anglaise publiée en 2013 sur les moyens de se protéger d’une éventuelle pandémie grippale conclut: “Tous les masques y compris ceux réalisés en T-Shirt en coton limitent significativement le nombre de micro-organismes inhalés et sont préférables à l’absence de protection, même si les masques chirurgicaux sont trois fois plus efficaces”. Porter le masque se justifie donc pour deux raisons: 1/ il assure une première protection face aux gouttelettes dans l’air, 2/ sa présence nous rappelle en continu l’importance de ne pas approcher les mains du visage.

• L’utiliser comment?

Avant d’imprimer le patron de couture, notez bien que le masque ne sera efficace que s’il est lavé souvent. Un fois mis, ne le touchez pas sur votre visage et ne le faites pas glisser sur votre menton, il serait alors contaminant. Certains les font bouillir dans une casserole, pour éviter de faire tourner une machine à vide, d’autres les passent en machine à 30 degrés avec une lessive classique, d’autres conseillent 60 ou 90 degrés, d’autres encore recommandent d’en coudre plusieurs pour poser le masque utilisé sur un radiateur pendant 48 heures.

Autre recommandation importante: bien séparer les masques sales (à placer dans une pochette plastique) et les propres, et se laver les mains après manipulation du masque sale.

Sa fabrication: Vous trouverez ci-joint un patron adapté à différentes tailles de visages (il faut remplacer 2″ par 5 cm) proposé par le CHU de Grenoble à son personnel ne prenant pas en charge directement des malades du Coronavirus (ceux-là sont équipés de masques spécifiques), et les conseils de fabrication associés. Il est validé par des pneumo-cancérologues comme le Dr Clarisse Audigier-Valette:

Dans l’idéal, il faut réaliser un masque doublé, coton côté extérieur (T-Shirt ou serviette de table en coton…), molleton fin ou polaire à l’intérieur, préparer deux élastiques souples de 30 cm pour faire tenir le masque derrière les oreilles, certains ajoutent un petit fil de fer dans une doublure pour ajuster sur le nez. Certains utilisent des lacets en guise d’élastique, des filtres à aspirateur ou sweat shirt ou textile d’hivernage pour végétaux en guise de molleton. On a même vu des tutoriels sur Twitter découper un soutien-gorge rembourré en guise de masque express!

• Le porter quand?

Pour sortir faire vos courses; si à la maison un proche est malade ou susceptible de l’être et que vous lui apportez un repas; si vous êtes vous-même touché, heureusement assez légèrement pour ne pas avoir dû être hospitalisé; si un proche vous rend visite…

• Les alternatives:

Puisque le simple fait de porter quelque chose sur son visage est déjà mieux que rien, ressortir les écharpes, ou certaines cagoules de ski en polaire recouvrant le nez, n’est pas à négliger. Ce qui n’exclue en rien le confinement, la distanciation qui consiste à reporter toute visite ou rassemblement non vital, le lavage de main… et la nouvelle habitude de ne pas se toucher le visage. En Asie, où le port de masque est généralisé même hors épidémie, cela tourne au jeu en ce moment: “un gage, tu as touché ton nez!”, histoire de sensibiliser petits et grands. Des alternatives ludiques sont proposées: toucher une autre partie du corps, jouer avec un petit objet désinfecté, prendre un mouchoir pour éviter un contact peau/peau direct, comme le suggère cette affiche en anglais:

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