En pleine grève, la SNCF devient une société anonyme

En plein mouvement sur les retraites, la SNCF devient une société anonyme qui n’embauche plus au statut de cheminot

Le groupe est devenu, au 1er janvier, une société anonyme à capitaux publics, en application de la réforme ferroviaire de 2018.

La SNCF devient une société anonyme : Ce que ça change

Actuellement établissement public à caractère industriel et commercial (Epic), la SNCF devient, à partir de ce mercredi 1er janvier 2020, une société anonyme à capitaux publics, qui détiendra la totalité des titres de SNCF Réseau et SNCF Voyageurs, sans possibilité de les céder. Ces deux entités seront également des sociétés anonymes.

Avec un organigramme encore incomplet, la SNCF se transforme mercredi 1er janvier en une société anonyme (SA) qui n’embauchera plus ses nouvelles recrues au statut de cheminot. Cette étape-clé de la réforme ferroviaire de 2018 passe presque inaperçue, en pleine grève.

Le gouvernement avait remporté une victoire remarquée en faisant passer sa « loi pour un nouveau pacte ferroviaire » au printemps 2018, après une longue grève de trois mois – deux jours tous les cinq jours – menée par l’ensemble des syndicats de cheminots.

« Les syndicats (…) en ont ressenti une forme d’aigreur, de frustration assez forte, qui fait partie du paysage », observait il y a quelques semaines le nouveau patron du groupe public, Jean-Pierre Farandou. Et cette aigreur explique sans doute la détermination de nombreux cheminots dans leur lutte contre la réforme des retraites, un mouvement qui perturbe très fortement la circulation des trains depuis le 5 décembre.

Actuellement établissement public à caractère industriel et commercial (EPIC), la SNCF devient mercredi une SA à capitaux publics, qui détient la totalité des titres de SNCF Réseau et SNCF Voyageurs, sans possibilité de les céder. Ces deux entités sont également des sociétés anonymes.

« Une entreprise à part entière »

Le changement est d’importance puisqu’il fait du groupe « une entreprise à part entière », pour reprendre l’expression de son ancien patron, Guillaume Pepy. Il devra notamment gérer ses investissements, éviter les pertes, maîtriser sa dette, et est – en théorie du moins – susceptible de faire faillite.

L’Etat actionnaire exige de la SNCF qu’elle fasse de sérieuses économies pour être plus compétitive, dans un contexte d’ouverture du rail à la concurrence. Bercy va en contrepartie reprendre 35 milliards d’euros de la dette de SNCF Réseau (sur plus de 50 milliards).

Le réseau ferré français est l’un des plus denses du monde. Chaque année, les trains qui y circulent transportent plus d’un milliard de passagers et le TGV est toujours le train sur rails le plus rapide de la planète. Alors que les syndicats se mobilisent contre la réforme de la SNCF voulue par le gouvernement, l’historien du chemin de fer Clive Lamming rappelle que cette excellence française prend ses racines au début du XIXe siècle, dans les écrits du comte de Saint-Simon, philosophe et économiste, qui théorise le lien entre progrès social et développement de l’industrie. Cent ans plus tard, grâce notamment à l’impulsion initiale de certains hommes d’affaires soutenus par l’Etat français, l’Hexagone compte 40 000 km de voies ferrées.

Quid du statut de cheminot ?

Autre révolution de taille au 1er janvier: la SNCF ne va désormais plus embaucher au statut de cheminot leur garantissant une carrière réglée, une protection contre les licenciements économiques, ainsi qu’un régime de sécurité sociale et -pour l’instant- de retraite spécifique, entre autres avantages matériels.

Ceux qui sont au statut -ils étaient 127 442 fin 2018, soit 89% des effectifs du groupe public ferroviaire- le resteront, mais Jean-Pierre Farandou, en poste à la tête du groupe depuis le 1er novembre, veut plus de souplesse dans la définition des différents métiers et dans l’organisation du travail.

Pour les futurs embauchés, le nouveau contrat de travail est prêt, indique-t-on à la SNCF.

L’édifice de la réforme ferroviaire garde de toute façon un petit air inachevé, puisque la convention collective du secteur est encore incomplète. Un volet sur la définition des métiers et les rémunérations pourrait être bouclé en février, selon l’Union des transports publics et ferroviaires (UTP).

D’éventuelles nouvelles nominations

Quant à la SNCF Réseau (qui gère les infrastructures), elle garde à peu près le même périmètre, mais va maintenant détenir 100% de Gares & Connexions, la branche qui s’occupe des gares, dont le domaine sera plus rationnel.

La grève qui court depuis le 5 décembre a quelque peu contrarié la volonté de Jean-Pierre Farandou d’achever son organigramme à temps avant la date fatidique du 1er janvier 2020.

Il a notamment nommé son lieutenant Christophe Fanichet à la tête de SNCF Voyageurs et l’actuel PDG de SNCF Réseau Patrick Jeantet à celle de Keolis (qu’il dirigeait jusqu’en octobre). Mais M. Jeantet doit rester en fonction jusqu’à ce qu’on lui trouve un successeur, ce qui devrait être fait “début janvier” selon la ministre de la Transition écologique et des transports Elisabeth Borne.

En attendant d’autres nominations éventuelles, les responsables actuels restent en place sur fond de rumeurs de départs…

Source : Le Dauphiné – Le Monde

❗️Christophe Fanichet, qui va diriger la nouvelle société anonyme SNCF Voyageurs, a en effet fait ses classes chez le géant mondial de l’audit PriceWaterhouseCoopers, avant d’entrer en 2008 à la SNCF. Mais même une fois intégré au sein de l’entreprise publique, il a gardé un profil qui sent bon la « start-up nation » qu’apprécie tant Emmanuel Macron. Et visiblement, l’estime est réciproque, car l’intéressé ne manque pas sur les réseaux sociaux de mettre en scène les rencontres avec le chef de l’État

❗️ Dans le cas de Marlène Dolveck, le profil est encore plus marqué. «Âgée de 44 ans, Mme Dolveck a démarré sa carrière comme professeur d’économie, avant de travailler pour le Crédit agricole, la Banque postale et HSBC France», apprend-on par le communiqué. C’est donc une banquière, officiant récemment à HSBC au sein de la banque de particuliers et de gestion de patrimoine, c’est-à-dire en charge des grandes fortunes de l’établissement, qui va devenir directrice générale de la SA SNCF Gares & Connexions, future filiale de SNCF Réseau. Une banquière au sein du service public : l’alliage ne peut être que de courte durée.

PS : SA SNCF Gares & Connexions s’est associé avec Auchan pour privatiser la Gare du Nord à Paris.

SNCF ⚠️ Après les grèves, ce sera la privatisation ⚠️ Le président de la SNCF, Jean-Pierre Farandou, a expliqué mardi…

Pubblicato da Lanceur d'alerte. su Martedì 24 dicembre 2019

A lire : SNCF : La privatisation en bonne voie – 02/10/19
La SNCF se prépare à l’ouverture à la concurrence. Un chantier colossal et douloureux pour ce géant qui emploie 260 000 personnes.
https://www.politis.fr/articles/2019/10/sncf-la-privatisation-en-bonne-voie-40887/

Transports : vers la privatisation de certaines lignes de TER – 02/12/2019
La SNCF s’apprête à ouvrir à la concurrence ses lignes régionales. À partir de mardi 3 décembre, les régions pourront lancer des appels d’offres et permettre à des compagnies privées de reprendre certaines lignes de TER ou d’Intercités. Alors le privé sera-t-il plus efficace et moins cher que le public ?
https://www.francetvinfo.fr/economie/transports/sncf/transports-vers-la-privatisation-de-certaines-lignes-de-ter_3727949.html

“En privatisant les TER, nous allons économiser entre 15 % et 30 % par rapport à la SNCF” Jean Rottner, président de la région Grand-Est – 23/12/2019
https://www.latribune.fr/regions/grand-est/en-privatisant-les-ter-nous-allons-economiser-entre-15-et-30-par-rapport-a-la-sncf-jean-rottner-president-de-la-region-grand-est-836005.html

[SNCF] Un projet “caché” de privatisation remet le feu aux poudres – 14/05/2018
Dans un échange entre le cabinet du ministère des Transports et de hauts cadres de la SNCF, dévoilé par Le Parisien, est à nouveau évoqué à demi-mots la possibilité de privatiser des filiales de la SNCF.
https://www.usinenouvelle.com/article/sncf-un-projet-cache-de-privatisation-remet-le-feu-aux-poudres.N692589

ACHATS TRUQUÉS …

5 JUIN 2019 – Le siège de l’entreprise publique installé à Saint-Denis (Seine-Saint-Denis) a été perquisitionné ce mardi matin.
L’ affaire avait été révélée par le lanceur d’alerte Denis Breteau, un cheminot qui a travaillé au service achat de l’entreprise publique, à Lyon, avant d’être licencié.